Avec ses petites lunettes rondes et son bonnet vissé sur la tête, Whoogy's régale les internautes depuis 2021 à coup de recettes relevées au piment d'Espelette. Oui, parce qu'il aime répéter dans toutes ses vidéos qu'il "adoooore le piment d'Espelette" (un petit clin d'œil au duo d'humoristes du Palmashow). Hugo - de son vrai prénom, il garde son nom secret - vit à Bruxelles et partage sa cuisine généreuse, technique mais simple, avec ses followers ! Ils sont 884 000 sur Instagram, 625 000 sur TikTok et 390 000 sur YouTube. Cuisinier autodidacte, Whoogy's s'est lancé sur YouTube et a rapidement rencontré un franc succès.
Un succès parachevé avec la sortie de son premier livre "Manuel du cuisinier amateur" vendu à plus de 100 000 exemplaires et resté longtemps n°1 des ventes FNAC au rayon des livres culinaires. Cet été, le créateur de contenus s'est associé à HelloFresh, spécialiste de la box à cuisiner à travers une série de recettes qui donnent toutes plus envie les unes que les autres. À cette occasion, il nous a accordé une interview. Un échange généreux, à l'image de la cuisine qu'il pratique. Il nous partage son quotidien de créateur de contenus rythmé par les algorithmes des réseaux.
Femme Actuelle : "Créateur de contenus et cuisinier autodidacte", cette définition vous correspond-elle ?
Whoogy's : Ah, c'est une grande question ! Déjà, je trouve ça chouette, vous n'avez pas dit "influenceur". Lena Situations disait "moi, je me lève le matin pas pour influencer les gens mais pour raconter des histoires et créer du contenu". Même si la finalité des choses, c'est que oui, évidemment, ça influence ! Mais dans ce cas-là, un musicien est un influenceur, tout le monde est un influenceur… Mon métier, c'est de me lever, de faire des vidéos, de monter des vidéos et de créer des histoires et des contenus. Donc, je trouve ça chouette de me résumer comme "créateur de contenu". Et aujourd'hui, évidemment, je suis cuisinier. J'essaie d'être sur un créneau où je touche des gens qui ont envie d'aller un petit peu plus loin dans la cuisine, cuisiner à la maison, un peu comme au restaurant, avec des techniques, mais une cuisine domestique plutôt simple, accessible.
Femme Actuelle : Vous êtes un autodidacte ! Comme avez-vous été perçu du monde de la cuisine à vos débuts sur les réseaux sociaux ?
Whoogy's : En commentaires de mes vidéos, les gens pouvaient me dire, "ah non, mais tu n'es pas chef". C'était très énervant. Je disais, "tout à fait, je ne suis pas chef, ce n'est pas ma prétention". Je ne fais pas à manger pour les gens. Je fais à manger pour moi et ma famille et mes copains. Je pense que ça, les chefs commencent à le comprendre un petit peu. On pouvait être exposé à des propos du genre "il fait des millions de vues, alors qu'il y a des gens qui travaillent 86 heures par semaine pour faire à manger avec 40 personnes". Ce sont deux choses totalement différentes. Ce n'est pas le même métier.
Du côté des chefs, je pense qu'il y a eu un peu une méfiance parce que c'était aussi la nouveauté, une nouvelle typologie de contenu. La porosité s'est faite aussi quand les chefs ont compris qu'eux aussi, ils pouvaient faire des contenus. Du coup, il y a moins ce côté jalousie d'exposition. Et plus de dire qu'en fait, on est tous dans le même bateau et on fait des choses un peu différentes. Donc, je pense que ça, ça a aussi beaucoup aidé. Les journalistes et globalement les médias ont compris que finalement, on était un peu des nouvelles personnalités qui traitaient ce sujet-là et pas en conflit direct. Je pense que ça a aidé aussi à créer beaucoup plus de légèreté dans tout ça.
Beaucoup ne se rendent pas compte de la quantité de travail qu'il y a derrière une simple vidéo…
La vie qu'offre ce métier - quand ça fonctionne bien - c'est absolument génial, donc, je ne me plaindrai jamais ! Mais il y a quelque chose que les gens oublient : je suis créateur de contenus, mais je suis aussi chef d'entreprise. Je ne me lève pas le matin en me disant, "bon, qu'est-ce que je vais faire aujourd'hui" ? J'ai des plannings à six mois. J'ai une équipe de tournage. En parlant de créateur de contenus, on a souvent l'image de l'ado dans sa chambre qui allume sa caméra et qui se dit, "bon, on verra !". Mais non, aujourd'hui on a des studios de tournage, du matériel, des équipes, etc. Les gens fantasment, notamment, sur les revenus des créateurs de contenus. Ça me fait toujours rire ! D'un autre côté, les gens oublient aussi l'envers du décor.
Combien de personnes travaillent-elles à vos côtés ?
On est deux dans la société Whoogy's Corporation. Je travaille avec Margaux, ma compagne. On a des gens qui nous aident en fonction des projets : il y a Xavier, qui est notre réalisateur pour les vidéos YouTube. C'est la personne avec qui, je pense, on travaille le plus. Après, on a des gens qu'on sollicite en fonction des besoins des projets. Là, en ce moment, on est sur un nouveau livre qui sort le 23 septembre…
"Manuel d'un cuisinier amateur" paru aux Éditions du Chêne a été un vrai succès en librairie. A tel point qu'un deuxième tome est sorti !
Il y a quelques mois, on a dépassé les 100 000 exemplaires vendus sur les deux premiers livres. Donc, c'est assez énorme, quoi. Le chiffre est vertigineux. Et là, en 2026, on n'est pas sur un tome 3. On sera sur un nouvel arc narratif… mais je n'en dis pas plus !
Être créateur de contenus, c'est s'adapter aux différents codes des réseaux sociaux. Vous avez qui commencé sur YouTube, avez-vous dû vous conformer aux règles d'Instagram ?
On a fait le pari d'être un peu partout. Mon envie première était de faire de la création de long format sur YouTube. Je me suis vite rendu compte que je ne pouvais sortir que deux vidéos par mois… Quelques mois après m'être lancé sur YouTube, les formats courts et verticaux de TikTok et les Reels Instagram débarquent. Je me dis que ça peut être pas mal de se lancer là-dessus, c'est plus facilement réalisable : je peux faire la recette le midi, la monter l'après-midi, la sortir le soir. J'ai mis de côté YouTube en me disant que je vais me focaliser sur ces formats qui fonctionnent bien et qui sont moins chronophages. Au bout de deux ans, après que ça ait vraiment bien marché, je suis retourné sur YouTube. Forcément, les attentes des gens sont beaucoup plus importantes sur YouTube, ça demande des moyens. J'avais déjà 600 000 abonnés sur Instagram et TikTok, je me suis dit, "je ne peux pas lâcher ça", parce que c'est un truc qui m'éclate aussi. Donc aujourd'hui, on fait les deux. C'est difficile un peu de jongler. Ça m'empêche de dormir, mais en même temps, c'est assez chouette (rires). C'est vraiment deux formats qui se complètent bien. Et les livres aussi ont fait que ça a emmené dans une autre dimension, c'est que finalement, ça venait un petit peu clore le spectacle avec un objet physique que les gens pouvaient avoir chez eux.
S'adapter aux changements algorithmiques constants tout en conservant son univers : comment jonglez-vous avec ces impératifs ?
Les algos, ça, c'est invivable ! D'autant plus avec mon cerveau qui me remet tout le temps en question (rires). La grosse problématique des algorithmes aujourd'hui, c'est que ils évoluent tout le temps. Je suis le premier à me remettre en cause. Parfois, tu peux trouver une formule et le lendemain, elle ne marche plus mais tu n'arrives pas à savoir si c'est parce que tu fais moins bien ou si c'est parce que l'algo a changé. Aujourd'hui, ce qui fonctionne beaucoup plus, c'est de raconter les recettes. Quand tu regardes les créateurs de contenu aujourd'hui, c'est vraiment ça. L'incarnation est beaucoup plus marquée ces derniers temps. C'est-à-dire que ce n'est pas forcément mon format, donc comment, moi, j'essaie de me les raconter un peu différemment. En gardant son cap quand même et son identité, en fait. C'est ça qui est compliqué. Tu vois, aujourd'hui, LoulouKitchen, elle est trop forte là-dessus. Mais c'est parce qu'elle incarne ses vidéos. Les gens aiment sa personnalité, aiment la manière dont elle raconte la recette, aiment aussi la recette, parce qu'elle fait des recettes qui sont cool, qui marchent, et que les gens en refont. C'est un peu une addition de tout ça. Le plus important, c'est de maintenir son cap. Les gens suivent mes recettes, en toute humilité, parce que c'est moi. Y'a des gens qui me disent "j'écoute tes recettes comme de l'ASMR". Je trouve ça cool (rires).
Il faut aussi suivre le rythme de publication, "il faut publier" pour être visible : n'est-ce pas épuisant ? Il faut trouver le bon équilibre entre la qualité et la quantité, non ?
Il y a cette formule un peu galvaudée : "moins, mais mieux". C'est notamment avec YouTube que je me suis retrouvé là-dedans. On fait une recette par semaine, c'est quand même 1 heure de vidéo par mois, malgré tout. Mais cela me permet de faire des recettes plus poussées. Sur les réseaux sociaux plus verticaux, c'est vraiment la quantité qui prime, effectivement.
Un projet sur le coin du feu ? À quand une adresse éphémère signée Whoogy's ?
Là où j'ai envie d'innover un peu plus, c'est d'imaginer des formats encore plus longs sur YouTube. Mon rêve - dans un coin de ma tête - c'est de pouvoir faire une série de vidéos monomaniaques, par exemple "les nouilles à travers le monde". Partir à la rencontre, voyager, apprendre… Avoir un restaurant fixe, je crois que c'est la question qu'on me pose le plus, mais comme je le disais en préambule, ce n'est pas le même métier. C'est quelque chose que je ne sais pas faire. En revanche, je fais pas mal d'évènements, cela me permet de rencontrer les gens, de faire goûter ma cuisine, et ça, c'est chouette.
2026-08-28T15:54:27Z